Theo Romain
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Théo Romain-Sobota cherche la violence là où elle se trouve, c'est-à-dire un peu partout, mais sous des formes différentes : dans la rue, à la télévision, dans les vidéos de bagarre qui pullulent sur les réseaux ; dans les relations entre les êtres aussi : physiques ou en ligne, sur les rings de boxe, dans les paysages idylliques des environnements virtuels, et cetera.
Du classique uppercut à l'happy-slapping*, en passant par le shadowbanning** ou le trolling***, la violence, comme tout bon diable, se grime et se réinvente - trouve mille et une nouvelles manières de se dire et rester au goût de son époque. Et cette versatilité, c'est justement ce que Théo Romain-Sobota cherche à débusquer : à isoler et à étudier, à mettre en œuvre pour que ce qui semblait alors insaisissable puisse être manipulé. Ouvragée, la violence apparaît dès lors comme ce point de cristallisation où les nœuds de tension, les aspirations et les résistances du contemporain se font et se défont.

Artiste post-médiatique, Théo Romain-Sobota est moins attaché à un médium qu'à la possibilité de pouvoir s'approprier - pour chaque nouveau projet - une technique, un outil ou une technologie qui lui permet d'explorer au mieux une idée. Il ne s'agit plus tant de savoir ce qu'un savoir-faire, un ars maîtrisé, peut dire d'un sujet, mais plutôt de voir ce qu'un sujet révèle d'une technique. De l'intelligence artificielle aux moteurs de jeux vidéo, l'artiste s'empare des technologies qui façonnent le contemporain, les détourne de leurs usages initiaux pour révéler leurs potentiels créatifs et leurs mécaniques internes profondes ; le back-end de l'appareillage normatif et médiatique qui conditionne notre quotidien. En dépit de sa polyvalence, il reste l'ordinateur auquel il demeure attaché, pour sa capacité à simuler les médias précédents et à brouiller encore plus la frontière poreuse qui distingue le physique du virtuel. À cette fin, Théo Romain-Sobota cultive des environnements virtuels aux solitudes bien terrestres, comme l'espèce d'anti-jeu vidéo hellban.exe (2024), qui ne laisse pas d'autres possibilités à ses avatars que de marcher, de courir, de sauter ou de pleurer, ou encore en faisant spawner dans l'espace physique des galeries d'inquiétantes plantes tropicales virtuelles et des lance-flammes low-poly imprimés en 3D.

Né en 1994 à Sedan, Théo Romain-Sobota se forme à l'École des Beaux-Arts d'Athènes ainsi qu'à l'École Supérieure d'Art du Nord-Pas-de-Calais, où il obtient son DNSEP avec les félicitations du jury en 2018. Il réside actuellement à Lille où il enseigne le dessin et travaille en qualité d'artiste accompagné à la malterie arts Visuels. Son travail a été présenté à l'occasion de plusieurs expositions personnelles et collectives notamment à l'institut français Centre Saint-Louis (Rome), au PS Art Space (Perth), à la Galerie Provost Hacker (Lille), à la Gare Saint-Sauveur avec lille3000, dans le parcours d'exposition Art au Centre (Liège), et durant la Triennale d'art contemporain de Tournai. En 2022, il est lauréat de la Bourse d'Aide à la Création - Prac 2.0. de la Région Hauts-de-France, ainsi que de l'édition 2025 du Prix Wicar.


Par Axel Fried
Janvier 2026.

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*L'happy-slapping désigne une pratique consistant à filmer l'agression physique d'une personne, puis à diffuser la vidéo sur internet ou les réseaux sociaux. Apparu au milieu des années 2000, ce phénomène transforme la violence en spectacle viral.

**Le shadowbanning désigne une pratique de modération invisible sur les réseaux sociaux : les publications des utilisateurs sont rendues quasi-invisibles sans qu'ils ou elles en soit informés. Les utilisateurs continuent de poster normalement, ignorant que personne ne voit leurs publications.

***Le trolling désigne l'action de publier délibérément des messages provocateurs, absurdes ou polémiques sur internet dans le but de perturber une discussion, de susciter des réactions émotionnelles négative ou de créer du conflit.